La croisée des destins
Chapitre 4 : La lettre
Sur ce, une fois revenu sur le sable de la crique, je remis mes basket et nous repartîmes à travers les dunes, par un autre petit sentier, jusqu’à la grande route. Cheminant, dans le bas côté herbeux, nous traversâmes le pont de pierre qui menait à notre propriété. Le bruit familier de la moto du facteur me fit m’arrêter.
“- Salut Antonio ! lançai-je au facteur, alors qu’il
traversait, à son tour, le pont. Ca va ?
- Bien sûr ! Et
vous, belles demoiselles, où allez-vous d’un pas si guilleret !
- On rentrait de
balade, Antonio ! Il y a du courrier, aujourd’hui ?
- Euh... Oui !
répondit-il en farfouillant dans sa sacoche et en en tirant trois lettres.
Tiens ! Désolé Léa, mais il n’y a rien pour chez toi !
- C’est pas grave
!
- Bon, j’dois y
aller ! A une prochaine fois !”
Sur ses mots, il fit demi-tour et repartit par où il
était venu.
“- Alors t’as du courrier ? s’intéressa Léa.
- Euh...Oui ! Il
y a deux factures, pour papa et une lettre pour moi du... Montana !
- De ton oncle et
ta tante, c’est ça ?
- Oui ! Bon, je
l’ouvrirai à la maison !”
Vingt minutes plus tard, nous étions, toutes les deux,
assises sur mon lit, dans ma chambre. Nous nous étions occupées de nos chevaux
puis nous étions changées. J’ouvris, impatiente, ma lettre.
J’attendais la
réponse depuis un petit moment. En effet, il y avait deux mois, j’avais reçu
une lettre de mon oncle et ma tante, qui avait un petit ranch dans les plaines
sauvages du Montana, et qui, pour cet été, avait besoin de main d’œuvre pour la
transhumance du bétail, et m’avais invité à venir chez eux, pendant les
vacances, avec Léa.
Mon père avait
accepté, après avoir un peu hésité, disant que ça me ferait le plus grand bien,
tout comme le père de Léa, et en m’assurant qu’il s’occuperait de mes chevaux,
pendant mon absence. J’avais donc accepté la proposition et attendais, depuis,
la réponse. L’enveloppe contenait deux billets d’avion et une lettre de mon
oncle.
“Chère Cécilia,
Comme promis, ta tante et moi-même, t’envoyons vos
billets, pour toi et ton amie.
Tu nous a tellement parlée de tes deux chevaux que nous
aimerions bien les voir, et sachant que tu ne pourrais pas te passer d’eux,
pendant deux mois, nous avons également réservé des stalles pour Casiopée et
Éclipse, nous te joignons donc les billets, pour tes deux chevaux. Nous vous
attendrons, le premier juillet, à l’aéroport d’Helena ! Nous avons réglé tous
les problèmes de douane !
A bientôt !
Carl Thomas”
“- Génial ! Tu va pouvoir y emmener tes chevaux !
s’enthousiasma Léa.
- Ouais ! Dommage
que tu ne puisse emmener Jupiter.
- C’est pas grave
! De toute façon, papa n’aurait pas été d’accord ! Mon frère me remplacera lors
des concours et Jupiter est notre meilleur cheval de compétition ! Tandis que
toi, à la limite, tu peux te permettre de mettre au vert tes deux chevaux, vu
que tu es la seule à faire des concours et puis, ton père à toujours Tornade,
non ?
- Oui, c’est pas
le problème ! Et puis, en plus, si j’étais partit, j’aurai dû mettre mes chevaux
au pré car, à la limite, le problème n’est pas Casiopée. Elle, elle pourrait
être montée par n’importe qui, du haras, ce qui n’est pas du tout le cas
d’Éclipse.
- Ouais, il est
beaucoup trop caractériel, pour permettre à quiconque de le monter, excepté toi
!
- Oui, mais c’est
parce que je m’en occupe depuis qu’il est né ! Depuis toujours, il n’a eu que
moi, dans son entourage. J’étais la seule que sa mère laissait approchée ! Et
tout petit, il était très agressif avec les autres jeunes de son âge. On ne
pouvait pas le lâcher avec les autres ! Et c’est pourquoi, le fait qu’il
apprécie Jupiter, m’étonne !
- N’oublie pas
qu’il provient de votre élevage ! remarqua Léa. mon père l’a acheté au tien, il
y a quatre ans, lors de sa troisième année. J’ai eu tout de suite le coup de
foudre pour lui, la première fois que je l’ai vu.
- Oui, vous
veniez d’emménager et ton père avait besoin de bons chevaux pour lancer son
club !
- En fait, nos
deux familles se complètent. Vous, vous nous vendez des chevaux et nous, on les
fait monter ! En tout cas, vous avez un magnifique élevage, et d’excellents
chevaux, tous bien dans leur tête, sauf...!
- Éclipse ! Oui,
je sais ! Mais sa mère était une jument un peu sauvage que mon oncle nous avait
vendue, tiens, d’ailleurs, on peut la voir, de ma chambre !”
S’approchant de ma fenêtre, nous jetâmes un regard vers
les enclos.
“- C’est Orage, la jument grise qui est dans le paddock !
Elle a toujours été très asociale avec les autres chevaux de l’élevage ! Je demanderai
à mon oncle, quand on ira à leur ranch, d’où elle venait !
- Ouais, et
Éclipse est le seul poulain qu’elle ait eu, ici ?
- Hum ! Mon père
préfère qu’on n’ait pas d’autre “tête de mule” ! Éclipse suffit largement !!!
D’ailleurs, il était innommable ! Lorsque, un jour, en voulant s’enfuir de son
enclos, Éclipse s’est gravement blessé, quand il avait un an, mon père a voulut
l’abattre. Mais j’adorais ce poulain et son petit caractère. Il était si
particulier, par rapport aux autres chevaux du haras, et j’ai réussit à
convaincre mon père de le garder ! Et regarde, à présent, c’est le meilleur
cheval de l’écurie, et il a encore de nombreuses choses à apprendre ! Et je
m’entend à merveille avec lui !
- C’est sûr !
Avec votre “petit caractère” commun, vous faites la paire, tous les deux !
plaisanta Léa. Eh, j’plaisantais ! ajouta-t-elle, alors que je lui adressais un
regard noir.
- En tout cas,
personne d’autre que moi ne peut s’en approcher ! C’est moi qui l’ai dressé, et
c’est mon cheval ! insistai-je, les yeux perdus sur les écuries.
- Ouais ! Au
fait, quand est-ce qu’on part, pour le Montana ?
- Euh, le 30
juin, à 22h00 ! répondis-je en jetant un oeil aux billets. Mais, on devra se présenter,
quatre heures plus tôt, pour l’enregistrement des bagages et l’embarquement des
chevaux ! J’espère que tout ira bien. On a deux semaines, à attendre, avant le
départ !
- Hum ! Et, si,
en attendant, on allait préparer Casiopée, Éclipse et Jupiter pour le concours
de demain ? lança Léa, malicieusement.
- Bonne idée !”
Nous descendîmes, toutes les deux, jusqu’aux écuries,
accompagnées de Luna.
Le reste de la journée se passa tranquillement. nous
douchâmes nos chevaux et une fois ceux-ci secs, leurs tressâmes queues et
crinières.
“- J’aime pas trop devoir lui tresser la crinière !
marmonnai-je, alors que je finissais de fixer le dernier pion, de la crinière
d’Éclipse. Ca lui donne un air sérieux, et il perd ce petit air sauvage qu’il a
quand ses crins volent au vent.
- Oui ! Mais en
épreuve de hunter, où le style est privilégié sur le reste, un cheval tressé
est mieux noté que un cheval “sauvageon” !
- Je le sais bien ! soupirai-je, mais bon, c’est quand même
dommage ! Bon, on n’a plus qu’à ranger les affaires dans le camion.
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